Dans les années à venir, le cuivre pourrait bien devenir la nouvelle denrée rare, le nouvel ingrédient que tout le monde s’arrache, le nouvel or noir comme l’a souligné la banque d’affaires, Goldman Sachs. Pour la banque, le cuivre est le « nouveau pétrole ».
Le cuivre est un matériau essentiel dans nos sociétés modernes. On le retrouve partout. Ses performances en conductivité thermique et électrique, sa résistance à la corrosion le rendent essentiel dans la fabrication des câbles et fils électriques, dans la plomberie, dans les équipements électroniques (circuits imprimés, puces électroniques), dans les transports, dans le BTP et même dans la fabrication de la monnaie
Il est devenu tellement incontournable qu’il suscite aujourd’hui beaucoup d’inquiétudes. Les besoins en cuivre ne cessent de s’accroitre dans le monde entier. En effet, les divers plans de relance de grandes ampleurs combinés à l’indispensable transition écologique vers les énergies renouvelables font peser un poids considérable sur la demande et pourraient conduire à terme à un resserrement de l’offre. Une tendance, d’ailleurs, déja observée depuis quelques mois. En effet, l’extraction du précieux métal marque le pas. Et les premiers effets en sont visibles : les chantiers de construction ralentissent, les fabricants de fils électriques et de tuyaux diminuent la cadence.
Selon les analystes de Goldman Sachs : « la demande de cuivre liée à la transition énergétique augmentera de près de 600 % d'ici à 2030 pour atteindre 5,4 tonnes métriques dans un scénario de base. ». Ils rajoutent que ce taux pourrait grimper à 900 %, soit 8,7 tonnes métriques, dans le cas où les pays tendraient vers ce qu’ils nomment une "hyper adoption" des technologies vertes. Nicholas Snowdon, du département Stratégie métaux à la Goldman Sachs, écrivait : « Le cuivre sera crucial pour parvenir à la décarbonation et remplacer le pétrole par des sources d’énergie renouvelable ».
Les Etats-Unis qui ont entrepris la rénovation totale de leur réseau électrique obsolète, l’Europe déjà fortement dépendante et qui le sera encore davantage du fait de politiques climatiques ambitieuses et la Chine, premier débouché mondial de cuivre, prennent la situation au sérieux. A tel point, que la sécurisation de l’approvisionnement est un enjeu de sécurité nationale. Dés les années 2000, la Chine a mis en place une stratégie de développement économique et commercial : « Go out strategy ». L’objectif étant d’investir massivement dans les infrastructures en Afrique, Asie et Amérique latine - stratégie dite « Ressources contre infrastructures » - et s’assurer par la même un approvisionnement régulier vers son territoire. Mais ca ne suffit plus.
Actuellement, deux pays se partagent le leadership dans la production du cuivre : le Chili et le Pérou. Selon les sources de USGS (United States Geological Survey) , les ressources mondiales de cuivre s’élèvent à « 2,1 milliards de tonnes métriques, auxquelles s’ajoutent 3,5 milliards de tonnes non découvertes réparties dans 11 régions du monde. Environ la moitié de ces ressources ont été localisées en Amérique du Sud, dans la partie sud de l’Asie centrale, en Asie et en Amérique du Nord. »
Sources : USGS – 2019

Point Géo
Chili
Capitale : Santiago
Pouplation : 18,95 millions d’habitants
Superficie : 756 950 km²
Monnaie : Peso chilien
Frontières communes : Argentine, Bolivie, Perou.
Les divers analystes s’accordent sur le fait que la demande en cuivre devrait exploser d’ici 2050 en raison du développement de certains secteurs comme les réseaux électriques et les biens de consommation. Mais c’est sans conteste le secteur des transports qui va alimenter la plus forte demande en cuivre. Les véhicules électrifiés augmentent de façon exponentielle. Dans une étude, Goldman Sachs ventile la demande en cuivre de la façon suivante : « 20% à l'énergie éolienne, et 40% aux véhicules électriques. Les panneaux solaires et le stockage de l'énergie constitueront le gros du reste de la demande ».
Comme dans tout marché, une demande importante et une offre qui s’amenuise entrainent une hausse des prix. Le cours actuel de cuivre se situe à un peu moins de 10 000 $ la tonne. Les analystes anticipent une hausse constante et rapide pour arriver à 15 000 $ la tonne en 2025. C'est en substance ce que rapportait Nicolas Snowdon : "le marché est actuellement confronté à une crise de l'offre qui pourrait augmenter le cours du cuivre de plus de 60 % en quatre ans." Une augmentation qui va être difficilement absorbable. La Banque d’affaires soulignait que "Le cuivre fait tellement partie intégrante de la transition écologique - un effort mondial soutenu par les gouvernements - que les besoins en approvisionnement nécessitent une flambée des prix du cuivre" et de rajouter : «Les métaux sont au cœur du nouveau super cycle des matières premières, et la demande verte est au cœur de la reprise des prix des métaux".
Par ailleurs, l’extraction du cuivre, son raffinage ainsi que son utilisation ne sont pas sans poser d’autres problèmes. Notamment environnementaux. Outre la gestion des déchets, de très grandes quantités d’eau sont nécessaires. Au Chili, par exemple, le gouvernement a décidé en 2019 de diminuer les permis d’extraction d’eau. Il n’en accordera plus d’autres dans les régions où le manque d’eau se fait cruellement sentir. Une analyse a montré que : « ces nouvelles contraintes ont incité au dessalement de l’eau, un procédé énergivore. Cette eau doit ensuite voyager sur des centaines de kilomètres pour atteindre des sites miniers parfois situés en altitude. » Une situation absurde et pour le moins paradoxale déjà évoquée dans notre article sur la Nouvelle Guinée Equatoriale du 26 mars 2021.
Voila donc un nœud supplémentaire à défaire : comment réduire les impacts environnementaux non négligeables liés à l’extraction et à l’utilisation d’un métal devenu essentiel à la lutte contre la pollution et le réchauffement climatique ?
Publié le 05/05/2021 14:57
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