Comme on pouvait s’y attendre, le projet de loi Climat et Résilience porté par Madame Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, a été adopté en premiere lecture à l’Assemblée par 332 députés sur 577. Seul 77 se sont opposés au projet.
Au moment de sa campagne électorale, le candidat Emmanuel Macron en avait fait un cheval de bataille. L’idée était de créer une Convention sur le Climat composée de citoyens de tous horizons et chargée de faire des propositions dans tous les secteurs de la vie quotidienne afin de lutter contre les enjeux climatiques qui menacent nos sociétés.
Le moins que l’on puisse dire est que Le projet de loi est loin d’avoir fait l’unanimité aussi bien dans la société civile qu'au sein de la classe politique. Après trois semaines de débats passionnés et 110 heures de discussions dans l’hemicycle, le gouvernement a rédigé un texte qui accentue encore davantage les clivages. Il n’y a eu, cependant, aucune dissension au sein de la majorité et elle s’est, même, gratifiée d’un large satisfecit au travers de multiples déclarations de députés. Quand la majorité parle du texte comme « un marqueur du quinquennat », les écologistes, eux, dénoncent la frilosité des dirigeants politiques et critiquent « les insuffisances face à l’urgence climatique ». La ministre s’est, quant à elle, félicitée d’avoir rédigé un texte «d'écologie pratique» et de «bon sens», «une véritable bascule culturelle globale».
Parmi les mesures les plus emblématiques du texte adopté hier, on retrouve la suppression de certaines lignes aériennes intérieures quand elles peuvent être effectuées en moins de 2 heures 30 en train ou l'interdiction de la mise en location des logements passoires thermiques en 2028. Souvenons nous, également, de la colère suscitée lors de la création d’un « délit » d’écocide alors que la CCC avait proposé le terme : « crime ».
Il y a quelques semaines déjà, des membres de la Convention Citoyenne pour le Climat s’étaient indignés du fait qu’une grande partie de la copie qu’ils avait rendue au gouvernement avait été vidée de sa substance et qu’au final, on était bien loin de la fougue climatique qui avait initiée l’idée de départ. Sans rejeter les quelques mesures qui vont dans le bon sens, de nombreuses ONG comme Greenpeace et le Réseau action climat dénoncent un «formidable gâchis» et du «climato-cynisme» avec un «projet de loi pour faire semblant d'agir».
Sans surprise, la classe politique française tire à boulets rouges sur le gouvernement. Matthieu Orphelin, ex-LREM proche de Nicolas Hulot avait déclaré qu’il voterait «contre cette loi qui a quinze ans de retard». L'ancienne ministre Delphine Batho parlait d’un «naufrage». De son coté, la droite fustigeait une «écologie punitive» et de «taxation», promettant la défense d'une «écologie positive» lors de la présidentielle. Les députés LR en ont, d’ailleurs, profité pour proposer hier matin leur «contre-projet». Les socialistes ont majoritairement rejeté le texte déclarant : «Nous ne soutiendrons pas un texte qui marque par sa faiblesse», avant de rajouter par l’entremise de l'élu (PS) Guillaume Garot : «Votre autosatisfaction constamment revenue exaspère nos concitoyens, elle alimente même la défiance dans les territoires.». Même son de cloche au sein du parti La France insoumise ainsi qu’au Parti Communiste déplorant une «politique des petits pas (qui) ne suit pas le rythme des changements économiques et sociaux».
A noter, des incidents et des heurts en marge du vote hier matin quand les forces de l’ordre sont intervenues pour déloger un dizaine de militantes d’Extinction Rebellion qui s’étaient enchainées avec des cadenas au cou et des fumigènes à la main aux grilles de l'Assemblée nationale, pour manifester leur rejet du projet de loi climat qu’elles estiment bien en deçà de l’urgence climatique mondiale et totalement inefficace pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre.
Tous attendent donc maintenant impatiemment la présentation du projet de loi devant le Senat en juin prochain et espèrent que son examen à la Chambre Haute sera l’occasion de lui redonner l’ambition écologique originelle.
Publié le 05/05/2021 16:37
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